Analyse et critique de l'étude de faisabilité technique

Analyse et critique de l’étude de faisabilité technique

L’étude technique a pour but de déterminer les besoins en moyens matériel et humain nécessaire pour atteindre les objectifs escomptés. Ces derniers tiennent compte des contraintes du marché (disponibilité de la matière première, existence d’un besoin, exigences des clients), contraintes réglementaires et normatives liées au produit et aussi des contraintes financières (montant à investir).

L’étude technique porte généralement sur deux axes : étude de l’approvisionnement et l’étude de la transformation. Pour l’analyse critique de l’étude technique, il convient d’ajouter un autre point qui est le côté réglementaire et politique en matière de qualité.

Pour mener à bien l’analyse critique de l’étude de faisabilité technique, il faut avoir assez de connaissances en domaine technique, économique et réglementaire pour pouvoir discuter ce qui a été présenté par le créateur et proposer les améliorations qu’il faut apporter au projet.

Côté réglementaire et politique en matière de qualité

Le créateur doit être informé des exigences réglementaires et normatives ainsi que celles de ces futurs clients. Pour la maîtrise de ces exigences, il sera amené à mettre en place un système qualité dont il faut tenir compte dans l’étude technique.

L’analyse et critique de cette composante consiste à vérifier si le créateur a pris connaissance des exigences réglementaire et normatives nationales et internationales (selon la destination du produit) et s’il a pris les mesures nécessaires pour répondre à ces exigences. Ensuite, il faut vérifier si ces mesures sont adéquates pour l’activité choisie.

Les informations relatives à ce point peuvent ne pas être toutes regroupées dans un seul paragraphe ; dans ce cas, il faut les chercher dans tout le document (étude de faisabilité) et d’en faire une synthèse.

Exemple :

III- Analyse et critique de l’étude de faisabilité technique

III-1- Côté réglementaire et politique en matière de qualité

Au niveau national l’huile d’olive est soumise à une réglementation qui porte surtout sur la qualité du produit fini et le mode de sa présentation à la vente.

Au niveau international, la réglementation porte sur la qualité du produit fini, son mode de présentation à la vente et aussi les conditions de sa préparation. En effet, cette réglementation exige que les produits alimentaires soient préparés selon les bonnes pratiques d’hygiène incluant le HACCP comme moyen de maîtrise de la salubrité et adoptant des procédures pour assurer la traçabilité du produit.

Le créateur prévoit écouler son produit sur le marché national (Maroc), européen (Italie) et américain (USA). Il sera donc amener à prendre connaissance des différentes exigences réglementaires relatives à ces pays et mettre en place les mesures nécessaires pour s’y conformer.

A travers l’étude de faisabilité, on remarque que la composante qualité n’est pas prise en considération. Le créateur a prévu la mise en place d’un laboratoire pour le contrôle qualité du produit fini et de la matière première, mais ceci reste insuffisant pour satisfaire aux exigences précitées. Il doit donc prévoir la mise en place d’un système qualité intégré qui tient compte à la fois de l’hygiène, de la HACCP et de la traçabilité, et évaluer les moyens nécessaires (humains, matériels et financiers) pour sa mise en place. Un système qualité tel que « ISO 22000 » est recommandé dans le cas de ce projet.

Aussi, il est nécessaire que le créateur soit informé de la réglementation en vigueur concernant la création des entreprises, notamment celle relative aux formes juridiques des sociétés au Maroc et le code des investissements. Ceci, pour être conforme à la réglementation et tirer bénéfice des différents avantages octroyés par le gouvernement marocain aux investisseurs.

Etude de l’approvisionnement

Le but de l’étude de l’approvisionnement est de déterminer les besoins (en quantité et qualité) en matière premières et autres intrants de fabrication, de déterminer le mode d’approvisionnement et d’étudier les moyens nécessaires pour le transport des intrants, leur réception et stockage (matériel roulant, aire d’approvisionnement, chambre froide, etc.).

L’analyse et critique de l’étude de l’approvisionnement consiste à vérifier si l’étude est complète et si les différents mesures prises pour assurer l’approvisionnement sont pertinentes. Ci-après quelques questions qui peuvent aider la personne chargée d’analyser et critiquer le projet à faire ce travail :

  • Le créateur a-t-il déterminé ses besoins en intrants de fabrication (matière première, ingrédients, emballages, etc.) ?
  • L’unité projetée est-elle en mesure de traiter les quantités prévues de matière première ?
  • Le créateur a-t-il prévu un mode et un planning d’approvisionnement pour assurer la régularité de fonctionnement de l’unité ?
  • Le créateur a-t-il estimé correctement ses besoins en moyens nécessaires pour l’achat et le transport de la matière première et autres intrants de fabrication ?
  • Y’a-t-il des mesures à prendre au niveau de l’approvisionnement pour atteindre les objectifs escomptés en matière de qualité ?

Exemple :

III-2- Etude de l’approvisionnement

L’étude de l’approvisionnement est consacrée en grande partie à l’étude des modes d’approvisionnement appliqués au niveau régional et national par les unités de trituration des olives et les coûts associés à chaque mode. Ceci peut être considéré comme une étude générale plutôt qu’une étude technique de l’approvisionnement.

Ce qu’on peut retenir de cette étude c’est le mode d’approvisionnement retenu par l’unité et la quantité d’olives à traiter.

La capacité de traitement de l’unité est fixée à 2500 T/an d’olives pendant une année de croisière. Le créateur prévoit prélever ce tonnage de la quantité d’olives commercialisée hors province. Cependant, il n’a pas expliqué par quel moyen il va pouvoir prélever cette quantité étant donné qu’il prévoit appliquer les mêmes prix d’achat que ceux du marché. En plus, il doit justifier par une étude de marché la réalité des chiffres annoncés concernant la disponibilité de la matière première.

(Remarque : 2500 T représente 7,8% de 32000 T et non pas 11% comme elle est calculée par le créateur).

En ce qui concerne le mode d’approvisionnement, le créateur prévoit s’approvisionner essentiellement à travers les intermédiaires dépendants, le reste sera assuré par des intermédiaires indépendants (20%) et les souks (10%).

Ce mode d’approvisionnement permettra à l’unité de maîtriser à hauteur de 70% la qualité de la matière première. Cependant, l’approvisionnement à travers les intermédiaires indépendants et les souks constituera un facteur limitant quant à l’efficacité de la traçabilité. C’est pourquoi il est recommandé que l’approvisionnement soit reposé uniquement sur les intermédiaires dépendants.

L’étude technique d’approvisionnement reste encore incomplète du moment où elle ne permet pas d’apporter des réponses aux questions suivantes :

  • L’unité est-elle en mesure de traiter la quantité de 25 tonnes/jour ?  En effet, on a omis de mentionner sur l’étude de faisabilité technique la capacité de traitement de la chaîne de trituration.
  • Qu’elles sont les autres charges associées à l’approvisionnement autre que l’achat ? En effet le créateur a prévu l’achat d’un camion d’une capacité de 8T mais ceci reste insuffisant pour assurer le transport de 25 T/j (pour deux voyages par jour, le camion ne peut transporter que 16 T/j). Il faut donc estimer les charges liées à l’allocation des moyens de transport des olives.
  • Qu’il est le besoin de l’unité en caisses pour le transport et le stockage des olives dans l’unité et dans les vergers ? Le créateur annonce dans l’étude financière qu’il aura besoin de 1500 caisses pour la première année. Or cette quantité de caisses ne correspond même pas au besoin en caisses pour le stockage des olives dans l’unité(le stockage de 40 T d’olives pour 2 jours de travail nécessite 1600 caisses d’une contenance de 25 kg d’olives). Le créateur doit donc refaire ses calculs pour estimer ses besoins en caisses. Le mode de stockage des olives en tas est à éviter si on veut opter pour une démarche qualité.

Etude de la transformation

Le but de l’étude technique de la transformation est de déterminer le procédé de transformation à utiliser et les moyens à mettre en œuvre afin de réaliser le produit fini en quantité et qualité fixées, et ce de la réception au conditionnement et stockage.

L’analyse et critique de l’étude technique de la transformation porte sur la discussion du procédé choisi et les moyens en constructions et équipement nécessaires pour sa mise en place. Les principales questions auxquelles on cherche des réponses lors de l’analyse et critique de la transformation sont :

  • Le dimensionnement de l’unité (capacité de traitement) a-t-il pris en considération la disponibilité de la matière première et le besoin en produit fini ?
  • Le choix du procédé est-il justifié ?
  • Les besoins en construction et en équipement sont-ils évalués ?
  • La conformité aux règles d’hygiène en matière de transformation est-elle prise en considération dans le choix des équipements ? et l’aménagement des locaux ?
  • Le créateur a-t-il prévu des surfaces supplémentaires pour une éventuelle extension de son projet ?
  • Les besoins en intrants de fabrication (ingrédients, emballages, additifs, …) sont-ils évalués ? et sont-ils disponibles sur le marché ?
  • Quel sera le devenir des sous produits et rejets résultant de la transformation ?

Exemple :

III-3- Etude de la transformation

III-3-1- Réception

En ce qui concerne le stockage des olives à la réception, le créateur prévoit les stocker 8 jours maximum avant leur trituration (3 jours dans le verger et 5 jours dans l’unité). Or, pour avoir une huile de qualité, on recommande une durée maximale de 5 jours entre la collecte des olives et leur trituration. En plus, on n’a pas estimé, dans l’étude de faisabilité, ni la surface nécessaire pour le stockage des olives avant leur traitement, ni les besoins en caisses de stockage. Le chiffre de 1500 caisses annoncé dans l’étude de faisabilité (Etude financière « Caisses et fûts ») est, comme nous l’avons déjà indiqué, sous-estimé par rapport à la capacité de traitement de l’unité. Le créateur est donc amené à recalculer ses besoins en caisses et en surface de stockage en tenant compte d’une durée de stockage de 2 jours dans l’unité et 3 jours dans le verger.

III-3-2- Réalisation du produit

Le procédé choisi dans le cadre de ce projet de trituration des olives repose sur l’utilisation d’une chaîne continue à 2 phases. L’utilisation de ce procédé a l’avantage de :

  1. offrir un produit de qualité meilleure.
  2. Etre écologique en ne produisant pas de margines.
  3. Etre moins encombrante.
  4. Consommation réduite en eau et en énergie
  5. Chaîne continue automatique nécessitant peu de main d’œuvre.

Donc, le choix d’un tel procédé ne peut être que félicité.

Cependant, le créateur n’a pas précisé la marque choisie. On pense qu’il s’agit de la marque PIERALISI puisque dans les calculs de ses besoins en électricité il s’est référé à PIERALISI. Mais de toute façon la marque choisie doit être clairement précisée dans l’étude de faisabilité. De même le choix de cette marque et non pas des autres doit aussi être justifié, parce qu’on sait qu’il existe sur le marché d’autres marques qui offrent les mêmes avantages que PIERALISI et sont moins couteuses que celle-ci.

En plus, pour le calcul de la capacité de la chaîne, le créateur s’est basé sur un rendement en huile de 20% (m/m). On pense que se rendement est surestimé. En effet, dans la région de Taounate, la culture des olives est réalisée dans la plupart des cas en Bour. Par conséquent, le rendement moyen en huile ne peut dépasser 17%. En tenant compte de ce paramètre, le créateur doit opter pour le choix d’une chaîne ayant une capacité de traitement minimale de 30 T/j d’olives (au lieu de 25 T/j), et ce afin de pouvoir produire 500 T/an d’huile.

III-3-3- Sous produits et rejets

Selon l’étude de faisabilité, l’unité projetée produira environ 20 T/j de grignon humide (65% d’humidité). Ce grignon ne peut être commercialisé avec cette humidité et doit, par conséquent, être séché. Si le créateur opte pour un séchage naturel, alors 5 jours de stockage est très insuffisante pour le séchage de grignon surtout que la campagne de trituration coïncide avec l’hiver. Par conséquent, il faut prévoir une superficie de stockage de grignon beaucoup plus que 80 m2 ; ou alors prévoir, de préférence, l’acquisition d’un séchoir de grignon.

III-3-4- Stockage et livraison

Le créateur a prévu le stockage de l’huile produite, par qualité, dans des cuves souterraines qui seront en nombre de 10, ayant une capacité unitaire de 54 m3. D’abord, on a omis dans l’étude de faisabilité le calcul de la surface nécessaire pour le stockage de l’huile. Cette surface est au minimum 180 m2 (surfaces occupées uniquement par les cuves sans tenir compte des passages : L x l x nombre-cuves).

En plus, le stockage par qualité ne permet  pas de répondre aux exigences en matière de traçabilité ; il faut plutôt stocker l’huile produite par lot en tenant compte de l’origine de la matière première, du n° de l’équipe et de la qualité du produit fini. Dans ce cas, le stockage dans des cuves sera incompatible puisqu’il faut prévoir une cuve pour chaque lot. C’est pourquoi on recommande au créateur de stocker l’huile dans des cuves de petites capacités ou directement dans les fûts de 200 litres. Les besoins en cuves ou fûts doit être estimé en fonction du nombre des lots possibles.

III-3-5- Contrôle qualité

Pour le contrôle qualité, le créateur prévoit créer un laboratoire d’analyses physico-chimiques pour les déterminations de base (indice de maturité, teneur en huile, humidité, acidité, indice de peroxyde, huile dans le grignon). Cependant, il n’a pas indiqué sur son étude de faisabilité ni les besoins en surface pour la construction du laboratoire, ni les besoins en matériel de laboratoire. En plus, si on opte pour une démarche qualité, il faut tenir compte de tous les contrôle qui en résultent (Contrôle hygiène, CCP, métrologie, etc.) et non pas de s’arrêter au contrôle de la matière première et produits.

III-4- Besoin en personnel et leur formation

Les besoins en personnel estimés par le créateur sont 7 personnes permanents (4 cadres, 1 secrétaire, 1 chauffeur et 1 gardien) et 16 ouvriers saisonniers (répartis en trois équipes).

Cet effectif semble être suffisant pour réaliser le travail. Mais vu que l’unité projetée fonctionnera à 3 équipes, il faut donc prévoir au moins :  2 chefs de fabrication (un pour le jour et un pour la nuit), 2 techniciens de maintenance (un pour le jour et un pour la nuit) et 2 techniciens de laboratoire (un pour le jour et un pour la nuit). Soit un total de 10 personnes permanentes au lieu de 7.

Dans le cadre d’une démarche qualité, le personnel a besoin d’une formation continue. Or, le créateur n’a pas estimé ses besoins en matière de formation du personnel. On recommande au créateur, vu la taille de sa future entreprise et la qualification de son personnel (ingénieur, techniciens), d’opter pour la formation en interne afin de réduire au maximum les frais liés à la formation.

III-5- Besoins en constructions

Le créateur à omis d’estimer les besoins en constructions pour la réalisation du projet. On trouve dans l’étude financière (II-3 Les constructions) que le projet sera réalisé sur un terrain de 2000 m2 ; à côté on trouve un tableau présentant les différents besoins en constructions. Mais, du moment où ces chiffres ne sont pas basés sur des calculs techniques, ils ne peuvent être pris au sérieux.

C’est pourquoi, le créateur est amené à reprendre et justifier l’estimation de ses besoins en surfaces et en constructions en prenant en considération la capacité de traitement de l’unité et la possibilité d’une future extension.

L’étude de faisabilité technique doit aussi être complétée par un plan global des constructions.

III-6- Besoin en eau et énergie

Les besoins en eau et en en énergie électrique estimé par le créateur s’élève respectivement à 25 m3/j (1 m3 d’eau/1 tonne d’olive) et 146520 kWh.  Ces estimations semblent être raisonnables.

Cependant, l’estimation des besoins en gasoil est très gonflée (1200 l/j). En effet, cette estimation est basée sur un rayon moyen de 1000 km (2000 km allé et retour). Or, le rayon moyen de déplacement du camion ne dépassera pas 100 km (200 km allé et retour). Donc, les besoins en carburant seront de l’ordre de 12500 litres au lieu de 125000 litres.

 

Commentaires

merci bien pour cette étude très intéressante.

Oui ça aide!!!!!!!!!!!

Bon information ...
Ms mauvais organisation de se site de se nouveau organisation.
Après ces parfaits

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